D’après la présentation du Pr. Jürgen Bauhus, Université de Freiburg (Chaire de sylviculture)
La contribution du secteur forêt-bois à la lutte contre le changement climatique repose sur deux mécanismes complémentaires : la séquestration du carbone dans l’écosystème forestier, et la substitution des matériaux et combustibles fossiles par des produits bois.
Ce que stockent réellement nos forêts
Les forêts séquestrent le CO₂ atmosphérique via la photosynthèse, le répartissant entre biomasse aérienne, biomasse souterraine, nécromasse (litière, bois mort) et carbone du sol. Les forêts allemandes stockaient 748 millions de tonnes de carbone en 1990 ; ce chiffre est passé à 993 millions de tonnes en 2012, soit une moyenne de 105 t C/ha.
Mais attention : cette capacité de stockage n’est pas illimitée. Les forêts jeunes accumulent rapidement du carbone, puis le taux de séquestration ralentit à mesure qu’elles vieillissent, jusqu’à atteindre un plafond. Les perturbations — tempêtes, sécheresses, scolytes — peuvent inverser brutalement cette tendance, transformant la forêt en source nette de CO₂ (respiration > assimilation).

Faut-il maximiser les stocks sur pied ?
C’est une question que beaucoup de gestionnaires se posent. La réponse de Bauhus est clairement non. Augmenter les volumes sur pied entraîne des coûts élevés pour les propriétaires forestiers, accroît les risques (tempêtes, stress hydrique, scolytes), complique l’adaptation des peuplements avec des essences tolérantes à la sécheresse, réduit la séquestration courante et diminue les effets climatiques liés à l’usage du bois.
Le bois en tant que matériau : un substitut puissant
C’est là que le raisonnement devient particulièrement intéressant pour nous, professionnels de la construction. Le facteur de substitution mesure les émissions évitées lorsqu’un produit bois remplace un produit équivalent d’origine non-bois.
Pour le bois de structure (poutres, ossatures), ce facteur atteint 1,3 kg C évité par kg C contenu dans le produit bois. Pour les éléments de second œuvre (fenêtres, portes, parquets, bardages), il monte à 1,6. La moyenne toutes catégories confondues s’établit à 1,2, contre seulement 0,3 à 0,7 pour l’usage énergétique.
Autrement dit, construire en bois plutôt qu’en béton ou acier est climatiquement bien plus efficace que brûler ce même bois pour produire de la chaleur.
La durée de vie du produit joue évidemment un rôle déterminant. La durée de vie estimée est de 50 ans pour les constructions, 25 ans pour le mobilier, 3 ans pour les emballages et 1 an seulement pour le bois-énergie. Une étude en Thuringe a même montré que la durée de séjour moyenne du carbone dans les produits bois (21 ans) était inférieure à celle du bois mort en forêt (28 ans). Un argument fort en faveur des produits à longue durée de vie.
L’impact global en Allemagne
Sans la contribution climatique des forêts et de l’usage du bois, les émissions nationales allemandes seraient supérieures de 14 %. En 2014, le bilan global représentait 127 millions de tonnes de CO₂ équivalent par an, dont 58 pour le stockage en forêt, 36 pour la substitution énergétique, 30 pour la substitution matière et 3 pour le stockage dans les produits.
Les recommandations clés
Les préconisations portent notamment sur la promotion d’essences adaptées et productives — en particulier des résineux tolérants à la sécheresse en peuplements mélangés avec des feuillus —, le renforcement de la durabilité des produits bois et de leur usage en cascade, ainsi qu’une meilleure communication sur les bénéfices climatiques de la filière forêt-bois.
En résumé : pour le secteur de la construction bois, ce travail académique apporte une caution scientifique solide. Utiliser du bois dans des ouvrages durables — ossatures, charpentes, menuiseries — est l’une des stratégies les plus efficaces dont dispose la filière pour contribuer concrètement aux objectifs climatiques. Bien plus, en tout cas, que la simple valorisation énergétique de la biomasse.
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