La comparaison entre le Grand Est et le Bade-Wurtemberg est particulièrement révélatrice. Ces deux régions voisines disposent d’une ressource forestière comparable, d’une forte tradition industrielle et d’un tissu d’entreprises spécialisées dans le bois. Pourtant, lorsqu’il s’agit de construire en bois, les résultats sont très différents.
Le constat est sans appel : le problème n’est pas la ressource, mais la capacité à la transformer en valeur ajoutée locale.
Une forêt plus importante dans le Grand Est
| Indicateur | Grand Est | Bade-Wurtemberg |
|---|---|---|
| Surface forestière | 1 976 000 ha | 1 352 803 ha |
| Taux de boisement | 34 % | 39 % |
Avec près de 46 % de forêt supplémentaire, le Grand Est dispose d’un potentiel considérable pour développer une économie du bois performante.
Une récolte de bois quasiment identique
Malgré cette différence de superficie, les volumes de bois mobilisés sont très proches.
| Indicateur | Grand Est | Bade-Wurtemberg |
|---|---|---|
| Récolte annuelle | 6,654 millions de m³ | 6,965 millions de m³ |
Cela démontre que la disponibilité de la matière première n’est pas un frein au développement de la construction bois.
Les crises sanitaires ont fortement touché les deux territoires
Les scolytes et le changement climatique ont fortement impacté les forêts.
En 2023 :
- Grand Est : 1,33 million de m³ de bois sanitaire (20 % de la récolte)
- Bade-Wurtemberg : 5 millions de m³ (près de 50 % de la récolte)
Ces chiffres illustrent la nécessité d’accélérer la valorisation du bois local afin d’éviter une dégradation économique de la ressource.
Là où les écarts deviennent spectaculaires : la construction bois
Construction de logements
| Région | Part de marché |
|---|---|
| Grand Est | 7,5 % |
| Bade-Wurtemberg | 39 % |
Le Bade-Wurtemberg construit plus de cinq fois plus de logements en structure bois.
Construction non résidentielle
| Région | Part de marché |
|---|---|
| Grand Est | 16,1 % |
| Bade-Wurtemberg | 31,2 % |
Même constat pour les bâtiments tertiaires, industriels ou publics : la construction bois représente près du double outre-Rhin.
Pourquoi un tel écart ?
La différence ne provient pas de la forêt.
Elle s’explique principalement par :
- une politique publique beaucoup plus favorable à la construction bois ;
- une industrialisation avancée des entreprises allemandes ;
- une forte culture de la préfabrication ;
- une réglementation plus ouverte aux bâtiments bois de grande hauteur ;
- des maîtres d’ouvrage publics qui utilisent largement le bois dans leurs appels d’offres.
Pendant ce temps, la France continue de privilégier des modes constructifs plus traditionnels, malgré les objectifs de décarbonation du bâtiment.
Le Grand Est possède pourtant tous les atouts
La région concentre :
- une des plus importantes ressources forestières françaises ;
- des industriels reconnus ;
- des fabricants d’isolants biosourcés ;
- des entreprises spécialisées dans la préfabrication bois ;
- des centres de recherche ;
- des organismes de formation ;
- une proximité directe avec l’Allemagne, la Suisse et le Luxembourg.
Le potentiel est immense.
Une formidable opportunité économique
Développer la construction bois permettrait de :
- créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire ;
- réduire les importations de matériaux ;
- soutenir l’emploi industriel local ;
- augmenter le stockage du carbone dans les bâtiments ;
- renforcer la résilience de la filière forêt-bois.
Chaque maison, chaque immeuble ou chaque bâtiment public construit en bois contribue à maintenir la richesse dans les territoires forestiers.
Le Grand Est ne manque ni de forêt, ni de savoir-faire.
Les chiffres montrent que le véritable défi est désormais d’accélérer la transformation du bois local en bâtiments, afin de créer davantage de valeur économique tout en répondant aux enjeux climatiques.
Le Bade-Wurtemberg démontre qu’une stratégie cohérente permet d’atteindre des niveaux de construction bois cinq fois supérieurs.
La question n’est donc plus de savoir si la France possède les ressources nécessaires.
La vraie question est : sommes-nous prêts à faire de la construction bois une priorité industrielle et environnementale ?


